Nous avons dormi dans un village khmer

En tant que volontaires à la Green School Cambodia nous avons été hébergés pendant 4 jours et 3 nuits dans une maison Khmer et nourris par des familles du village de Kéo Phos. Notre séjour s’est achevé par une participation à un mariage cambodgien. On vous raconte tout sur notre séjour hors des sentiers battus et loin des zones fréquentées par les touristes. (Les activités menées pendant ce volontariat sont à lire dans un autre article en cours de rédaction).

 

Le Village de Kéo Phos

 

La commune de Kéo Phos est située à 70 km au nord de Sihanoukville, au bord du golfe de Thaïlande, dans une des zones les plus reculées et pauvres du pays. La commune s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres et regroupe plusieurs villages distants les uns des autres de quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres. Nous étions hébergés dans le village de pêcheurs là où se trouve le centre de la Green School.

 

Ce village aurait tous les atouts pour devenir un bon spot touristique moteur de développement pour toute la population avec un cadre idyllique avec son bord de mer bien abrité et son beau coucher de soleil, son village traditionnel, sa mangrove, la fabrication de gâteaux traditionnel de coco, la bière de palme, … Le gros problème ici comme dans quasiment tout le pays c’est la non gestion des déchets en grande partie plastique qui pullulent partout et qui engendrent des problèmes sanitaires d’où les actions conduites par Stéphane Anselleme le fondateur de la Green School Cambodia. Dans le village les routes sont en terre. Il n’y a ni guesthouse ni restaurants pour les touristes mais seulement quelques maisons de villageois qui font aussi office d’épicerie et de débits de boisson.  Les habitants laissent les chiens proliférer et hurler à la mort la nuit ! Quand ils se seront engraissés naturellement, ils seront vendus 20 $ à l’acheteur qui passe tous les mois pour alimenter les restaurants vietnamiens. Le mois dernier, une jeune femme de 21 ans a été « vendue » par sa grand-mère à un chinois pour 2000 $ (la dote payée par le marié pour la ramener dans son pays). Dans cette région, les khmers rouges n’ont déposé les armes qu’en 1995. Voilà, le décor est planté.

 

Se rendre à Kéo Phos, c’est déjà tout une aventure !

 

Pour accéder au village, ce fut tout une aventure. Nous avons voyagé « local » en prenant deux taxis collectifs. Les employés de l’hôtel où nous étions auparavant  avaient bien tenté de nous en dissuader et se sont bien marrés en nous voyant monté dans une veille voiture aux centaines de millions milliers de km au compteur roulant le coffre ouvert histoire de pouvoir mettre 2 passagers supplémentaires en route : faut bien rentabiliser l’investissement ! Mais après 45mn, on arrive à bon port et vivant à Veal Renh, ville où l’on monte dans un mini bus pour la seconde partie du trajet. Et l’on comprend en montant à bord qu’on se rend dans un autre monde. Ce taxi Co est vital pour le village : il est chargé de tout ce que les habitants commandent au chauffeur ou que les passagers rapportent au village : poutre en bois, sacs de ciment, fruits, poulets vivants, carrelage glissé sous les sièges, nourriture , gobelets en plastique, … On a cru partir à plusieurs reprises mais à chaque fois que le chauffeur se mettait au volant, il y avait toujours quelqu’un qui arrivait pour rajouter de la cargaison. Et après 2 heures d’attente, nous sommes enfin partis pour parcourir 200 mètres avant un nouvel arrêt de 20 mn au magasin de bricolage pour charger les dernières marchandises. De nouveau repartis, nouvel arrêt après 400 mètres dans un « garage » pour cette fois changer le radiateur du moteur ! Bref, pour un trajet d’environ 1h30 à 2 heures en temps normal, on aura mis plus du double. Mais nous sommes bien arrivés sous le regard curieux des autres voyageurs.

 

La maison où nous avons dormi

 

Stéphane loue désormais la partie avant de la maison d’une famille de pêcheurs du village. C’est une maison en bois et en tôle caractéristique de la région. La salle de classe est à l’extérieur en « rez de jardin » sous l’habitation à l’étage qui compte 2 pièces : une chambre et la salle de vie qui sert aussi de bureau. Le tout doit faire 15 m². Stéphane a acheté des matelas posés sur le sol pour les volontaires. Comme il n’y en a pas pour tout le monde, Rudo et Gabin ont dormi dans leur sac de soie sur un gros tapis à même le sol  dans la pièce de vie. La famille de 4 personnes vit quand à elle dans une seule pièce au rez-de-chaussé. La « cuisine » se trouve à l’extérieur à l’arrière de la maison.

 

En transférant la Green School ici, Stéphane a apporté un peu de « confort » à cette famille en reliant la maison au réseau d’électricité, en connectant un panneau solaire à une batterie pour avoir la lumière la nuit et le ventilateur. Avec d’autres volontaires, ils ont construit des sanitaires à extérieur avec un w.c et une grande cuve pour se laver remplie régulièrement avec l’eau du puits. C’est de l’eau de pluie filtrée par le sol sablonneux mais interdiction de la boire. En général, les « garçons » préfèrent se laver près du puits en se versant la bassine d’eau sur la tête.

 

 

Cuisine locale

 

La vie du village est rythmé la journée par le passage des différents vendeurs qui passent en scooter sur le chemin principal : le boulanger, la bouchère, les fruits et légumes, le livreur de glace, la vendeuse de gâteau à la coco, … Mieux vaut donc pas les louper. Au réveil, nous allions prendre le petit déjeuner en face, chez Mme Van, la femme de l’ancien commandant des forces spéciales cambodgiennes. Café au lait et petits gâteaux en attendant le passage des vendeurs de brioche (une patte à pizza sucrée) et de fruits.

 

Le midi, nous allons chez les petits vendeurs de plats « cuisinés » installés au carrefour des chemins. Les parents étant occupés ailleurs, ce sont souvent les enfants qui tiennent ces stands. Il suffit de choisir parmi les plats proposés qui sont servis avec du riz blanc vendus séparément 1000 riels l’assiette. Un repas revient à 4000 riels (1 $). Chacun est libre de manger ce qu’il veut ou de pas manger.

Pour le dîner, Stéphane s’est entendu avec des familles du village pour nourrir les volontaires et leur procure ainsi une activité rémunérée. Le repas coûte 2 $. Le 1er soir, la femme de Day le propriétaire de la maison avait préparé le souper : des coquillages fraîchement pêchés et cuit au feu de bois, une omelette aux œufs de canards et du riz. Le second soir, c’est la Mme Van qui nous avait préparé une sorte de poule au pot accompagnée de riz. Un délice d’autant plus que le poulet était encore vivant l’après-midi ! Enfin le 3ème soir, Stéphane et Rudo sont allés acheter des légumes, les œufs et le riz à « l’épicerie » du village d’à côté et nous avons préparés tous ensemble le diner partagé dans la salle de classe.

Diner chez Mr Van.

Invités à un mariage cambodgien.

 

Quand nous sommes arrivés à la Green School, Stéphane nous a informé que l’école avait reçu de la part du propriétaire une invitation pour le mariage d’un des membres du village. Ils était l’un des organisateurs de la noce. Tous les volontaires étaient donc invités et que pour faire honneur à Day, le propriétaire qui accueille l’école chez lui, Stéphane s’y rendrait. Nous avons donc décidé de nous y rendre aussi ce qui a eu comme conséquence d’écourter un peu notre volontariat car le mariage s’est déroulé dans la petite ville de Veal Renh à 35 km du village, là où nous avions changé de Taxi Co pour venir. Pour éviter de faire deux fois l’aller-retour, nous avons décidé de dormir sur place dans une guesthouse puis d’aller retrouver le lendemain papi et mamie restés à Sihanoukville.

Nous partons tous le samedi enfin d’après-midi dans la voiture du commandant invité lui aussi. Pour le cadeau de mariage, c’est très simple. Au Cambodge, les mariés reçoivent de l’argent. Les invités glissent dans une boite une enveloppe à leur nom contenant des billets. Chacun des volontaires y va de son billet pour faire une enveloppe commune au nom de la Green School. Quand nous sommes arrivés, un peu après 19h, certains convives étaient entrain de manger et avait fini. C’est un peu le chasser – croiser des attablés. Toute la journée, les familles se succèdent. Quand une table se libère elle est vite réinvestie par d’autres invités.

 

Une arche décorée marque l’entrée de la fête. De chaque côté sont installés le et la mariée. Après avoir salué la mariée qui nous remet à chacun un porte-clés, nous faisons de même avec le marié qui fait de même. On nous conduit à une table qui est rapidement installée des différents plats et surtout de plusieurs packs de bières « Cambodia ». Avant la fin de l’installation on nous sert un verre de bière avec des glaçons (et, oui c’est comme ça qu’on boit la bière au Cambodge) et Day ainsi que d’autres invités viennent trinquer.  Autant vous le dire tout de suite, on a passé la soirée à trinquer.

 

Day avait un large sourire, il était heureux qu’on soit tous venus. Une table quasi « de « blancs »,  autant vous dire, nous étions les attractions de la soirée. Tout le monde voulait sa photo avec nous. Le cameraman officiel venait faire des plans et tourner en continue autour de la table et sur la piste de danse. C’est très surprenant de voir certains habitants croisés dans le village dans leur quotidien sapés comme jamais. Bref, de bons moments et nous avons très bien mangé et avons appris à maîtriser la danse cambodgienne « traditionnelle », une sorte de techtonique-danse où la chorégraphie à toute son importance.

 

De l’art cambodgien de savoir bien danser.

 

En effet, tous les danseurs suivent les mêmes mouvements sur certaines musiques. Il faut faire tourner à 360° ses poignets sur eux même dans un mouvement circulaire pendant que les bras font un mouvement de translation de droite à gauche. Quand aux jambes et aux pieds, c’est un peu le déhanchement du rock à Billy. Et en faisant tout ça, tout le monde tourne en rond dans le même sens autour d’un centre matérialisé par un pot de fleur posé sur un rondin de bois. Faut être bien coordonnés pour pas se casser la gu… et surtout pour qu’on se foute pas de ta gu…mais comme t’es l’attraction de la soirée, tout le monde se marre évidemment. Et quand tu penses en avoir fini, ça recommence car chaque musique dure 20 à 30 mn et elle repasse plusieurs fois dans la soirée.

 

 

Parce qu’il fallait bien repartir

 

 

Après le mariage, Mr Van nous a conduit à notre guesthouse et le lendemain nous sommes repartis sur Sihanoukville. Passer quelques jours dans ce village a été une sacrée expérience pour toute la famille. Il a fallu savoir se contenter de peu en terme de confort même si nous avons été très bien accueillis. Les enfants se sont fait pleins de copains et n’ont pas eu le temps de s’ennuyer (lire l’article sur nos activités à la Green School). Ils étaient un peu “les stars” du village. Deux petits français avec leurs parents dans un coin “paumé” venus pour ramasser des déchets, animer des activités et jouer avec leurs semblables, ce n’est pas rien pour ces habitants.  Ce séjour les a marqué par ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils ont vu. Nous n’avons pas la prétention d’affirmer que nous avons vécu quelques jours comme des cambodgiens de la campagne mais nous avons pu les voir vivre dans leur quotidien, dans leur environnement et dans leur relations sociales parfois complexes, un contraste saisissant avec notre séjour de luxe aux temples d’Angkor. Ne pas voir que la carte postale d’un pays mais être aussi de temps en temps dans la carte postale et aller voir également derrière ce qui s’y passe, c’est notre leitmotiv dans cette aventure.

Un grand merci à Stéphane Anselleme et à la famille de Day de nous avoir accueillis au sein de la Green School Cambodia et pour nous avoir permis d’aller au-delà de la simple carte postale.

Plus d’infos sur la Green School dans notre autre article en cours de rédaction et sur :

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